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Stelle Sébastien Le Balp, Meneur des Bonnets rouges

 

 

Biographie de Sébastien Le Balp, meneur de la révolte du papier timbré

Sébastien Le Balpe né à Kergloff , devient notaire de la marquise du Tymeur.

Sébastien Le Balp est né en 1639 à Moulin Meur en Kergloff dans le Finistère(29). Il est le fils du meunier François Le Balp et de Louise Caroff.

 

Ses aptitudes le font remarquer très tôt par le Marquis du Tymeur qui l'envoya apprendre le droit à Nantes.

Revenu dans le Poher, il épouse Anne Riou à 22 ans, ce qui lui permet, avec la dot, d'acheter une charge de notaire royal à Kergloff et vie en sa maison de Mogoarem en Kergloff (à sa mort en 1675 il habitait à Garzangroas).

Il sera le notaire de Renée-Mauricette de Ploeuc, marquise du Tymeur, qui épouse Charles de Percin, seigneur de Montgaillard en 1662. La seigneurie de Montgaillard fut érigée en marquisat le 28 mars 1671 par  lettres patentes du roi Louis XIV.

En 1668 éclate à Carhaix l’affaire Renée-Mauricette de Ploeuc, Dame de Montgaillard qui est soupçonnée de rouler des paysans avec la complicité de son notaire Sébastien Le Balp âgé alors de 23 ans. Il était notaire royale depuis un an et souhaitait être salarié de la marquise (Il s’agit d’un acte de ferme au nom de paysans pour les moulins à la somme de 1100 livres par an au profit de Dame de Ploeuc). Lui seul va en prison en 1673. Il est relâché au début 1675 mais sa réputation est néanmoins ruinée. Révolté contre ce système seigneurial, il s’emploie alors à combattre l’injustice et les différentes formes d’oppressions fiscales et seigneuriales. C’est la veille de l'insurrection.

Sébastien Le Balp prend la tête d’une révolte à deux visages qui rend avec force les coûts et exactions reçus des seigneurs, et qui écrit des « codes paysans » précurseurs de 1789.

La révolte en centre Bretagne va trouver un chef dans ce notaire issu des classes populaires.

La revendication des paysans, tout autant antifiscale que politique, est exprimée par huit textes appelés  Codes paysans ou « code pesovat » (ar pezh zo vat, ce qui est bon) qui montrent une volonté législative et réformatrice du mouvement des Bonnets rouges. Parmi les revendications ont notes :

  • l’abolition des impôts royaux écrasants,
  • La révolte contre les exactions des seigneurs est encore plus forte
  • Affirmation de la Liberté Armorique : c'est ainsi que les Bretons de l'époque appelaient leurs privilèges en vertu du traité d'union de la Bretagne à la France
  • Le clergé sera payé pour leurs services, et seulement pour cela
  • Les paysans demandent une représentation dans les états provinciaux,
  • égalité et abolissement des classes…

A l’origine, la crise économique de 1671 est de plus en plus difficile à supporter par les paysans dont les seigneurs exigent durement leurs droits en nature, en travail et en argent.
Depuis 1661, Louis XIV règne seul sur la France. Ses ambitions démesurées, ses guerres, son goût du luxe coûtent très cher. Douze nouvelles taxes sont créées par son ministre des finances Colbert, entre 1664 et 1675 qui a décidé de passer outre les prérogatives des Etats de Bretagne qui refusent ces nouvelles taxes (Anne de Bretagne, par le traité de 1532 en acceptant d’être reine de France gardait ses privilèges au duché de Bretagne. L’édit royal  de l’union (non l’intégration)  de la Bretagne spécifiait  « Aucun impôt ne pourra être levé que par le Parlement et les Etats de Bretagne »). Néanmoins, en 1673, un papier timbré est exigé pour tout acte notarié. En 1674, c’est la vente du tabac et une taxe sur la vaisselle d’étain qui tombe sous le contrôle royal…  Le Duc de Chaulne, gouverneur de Bretagne, représentant du roi, explique à Colbert que les paysans s’émouvaient de la rumeur d’une nouvelle imposition sur le blé et sur le sel (gabelle)… Ecrasés par les impôts féodaux, la révolte gronde dans les villes et dans les campagnes. 
Le 2 juillet 1675, les révoltés rédigent le plus abouti des codes paysans  peut-être dans la chapelle Notre-Dame de Tréminou en Plomeur : Le Code paysan des quatorze paroisses : abolition du champart, des corvées, de la dîme ou du papier timbré, remise en cause des privilèges seigneuriaux, volonté de concorde entre paysans et gentilshommes et une justice équitable….
Dans une lettre du 5 juillet 1675 le duc de Chaulnes en informe Colbert. Le code paysan étonne l'Europe, l'ambassadeur de Venise en France en fait mention, comme certaines gazettes hollandaises et anglaises. C'est un texte bien construit, écrit sans doute par un ou plusieurs juristes. Or, le meneur le plus célèbre des Bonnets rouges, Sébastien Le Balp, a eu une formation de juriste à Nantes. Un siècle avant la révolution française, ces codes paysans sont des textes précurseurs des événements à venir et ressemblent par nombreux aspects aux cahiers de doléances de 1789.… Selon L’historien Boris Porchnev la révolte de 1675 annonce 1789… Pour le Professeur émérite d’histoire moderne Alain Croix, la révolte est un affrontement entre la bourgeoisie et ses alliés d'une part, l'Ancien Régime d'autre part, comme lors de la Révolution française, « à une échelle différente.

Sébastien Le Balp sut organiser une armée bretonne de 6000 hommes - Bonnets rouges , mais 30 000 autres volontaires bretons le suivent sans avoir d’armes. (Le nom de Bonnets rouges est lié au bonnet que les insurgés du Poher (Finistère centre) choisissent comme signe de ralliement, ceux du pays bigouden avaient un bonnet bleu. On pourrait parler de révolte des Bonnets rouges et bleus mais le rouge sied mieux à l’image de révolte sans doute…).

Un des bourgeois de Carhaix témoigne que Sébastien Le Balp s'était "acquis une telle réputation parmi les paysans révoltés [...] qu'il s'était fait passer pour le chef, que lesdits révoltés suivaient entièrement ses ordres pour sonner les tocsins, pour s'attrouper et s'assembler où il voulait, que pendant la sédition, il a été le premier en tête, à tous les incendies, pillages et désordres". 

Avant les campagnes, le 3 avril 1675, les villes de Bretagne sont secouées par de violentes émeutes. Des troubles ont éclaté à Saint-Malo et Lamballe. A Guingamp et à Nantes, on a exécuté des meneurs. Le 18 avril 1675, à Rennes, les bureaux pour la distribution du tabac, de la marque de l'étain, du papier timbré et du domaine sont pillés, la foule défile dans la rue en criant « Vive le Roi sans gabelle et sans édits ». Le gouverneur de Bretagne, le duc de Chaulnes, est pratiquement assiégé dans son hôtel de Rennes.

Le 9 juin 1675, à Châteaulin, des paysans en armes s’en prennent au marquis de La Coste, lieutenant du roi pour la Basse Bretagne, venu maintenir l’ordre et faire exécuter  les nouveaux édits sur le tabac et le papier timbré qui servait à rédiger les actes notariés. Dans trente paroisses des alentours le tocsin retentit pour appeler à la rébellion.

Le samedi 6 juillet, un groupe de paysans et d’artisans conduits par Sébastien Le Balp, attaque et pille la résidence de Claude Sauvan, fermier des devoirs à Carhaix (collecteur d’impôts). Au cours de l’expédition, un commis est tué, les bureaux sont dévastés, des tonneaux sont défoncés, la vaisselle, les meubles et la recette sont emportés, puis la maison incendiée.

De Gonville, commissaire des guerres, écrit à Louvois, ministre des armées : "Il n'y a, Monseigneur, nulle sûreté par la campagne, il n'y a que les plus proches de Brest où le calme est".

Le duc de Chaulnes, en attendant les renforts, quitte Rennes et se réfugie à Port Louis (56).

Le 11 juillet 1675, ils sont près de 6000 insurgés dans la région de Saint-Hernin et Kergloff à prendre d’assaut et bruler le château du Seigneur Toussaint de Trévigy, connu pour sa dureté contre les paysans.

Le comte de Boiséan, gouverneur de Morlaix, ne s'y trompe pas en écrivant, le 26 juillet, au marquis de Montgaillard : "Je crois que s'y pouviez gagner leur chef ou lui faire couper la gorge, tout ce parti se réduirait en fumée". Le marquis de Montgaillard qui entretient des rapports ambigus avec les insurgés, était en effet arrivé par ruse à les dissuader de marcher sur Morlaix. La prise du port de Morlaix aurait permis aux Bonnets rouges de recevoir le renfort d'une escadre hollandaise qui croisait alors dans la Manche.

Mais Sébastien Le Balp ne rompt pas ses relations avec le Marquis. En effet, les insurgés savent que des troupes royales sont en route pour la Bretagne. Or, pour espérer leur résister militairement,  le notaire Le Balp sait qu’il leur faut un professionnel de la guerre.

Sébastien Le Balp est tué au château de Tymeur à Poullaouen

Sébastien Le Balp entend réunir 30.000 hommes en armes le 3 septembre au manoir du Tymeur. Il compte ensuite marcher sur Carhaix et Quimper, puis affronter les troupes du duc de Chaulnes qui venaient d’être envoyées en Bretagne pour mater la rebellion

Arrivé au manoir du Tymeur la veille au soir, avec  2000 hommes, Sébastien Le Balp s'isole pour s'entretenir avec les marquis Charles et Claude de Montgaillard pour tenter de les rallier à leur cause.

Charles de Percin, marquis de Montgaillard, fut Colonel  du régiment de Champagne et officier des Mousquetaires du roi. Il n'était pas hostile aux revendications des révoltés qui contestaient les nouveaux impôts,  notamment une nouvelle taxe sur les papiers timbrés. Sébastien Le Balp, leur chef, avait été le notaire de son épouse Renée-Mauricette de Ploeuc, marquise du Tymeur. Sébastien Le Balp espérait convaincre le marquis Charles de Montgaillard de prendre la tête des insurgés pour s'opposer aux troupes royales menées par le duc de Chaulnes.

Mais dans la nuit du 2 au 3 septembre 1675, le frère ainé de Charles, Claude de Montgaillard, fidèle au roi Louis XIV qui l’a fait marquis quatre ans plus tôt (28 mars 1671) tue par surprise Sébastien Le Balp d'un coup d'épée à travers la gorge. Les marquis de Montgaillard parviennent ensuite à s'enfuir du manoir en semant la confusion chez les Bonnets rouges  décontenancés par la mort de leur meneur. En représailles, le manoir du Tymeur en Poullaouen et ses archives sont pillés et en partie brûlé.

Dans le même temps, les troupes qu'attendait le duc de Chaulnes arrivent en Bretagne. Le 1er septembre, elles sont à Quimper, du 4 au 18 dans le Poher, le 20 à Morlaix, le 12 octobre, elles pénètrent dans Rennes. En l'absence de rébellion organisée, les troupes royales ne se voient opposer que peu de résistance. Pour les habitants des paroisses et villes révoltées, en revanche, c'est le début d'une longue épreuve.

Exhumé pour être jugé, Sébastien Le Balp devient un martyr de la liberté Armorique et un symbole d’une lutte pour légalité entre les classes, la justice et la baisse des charges fiscales.

 (la liberté Armorique : c'est ainsi que les Bretons de l'époque appelaient leurs privilèges de la Bretagne en vertu du traité d'union de la Bretagne à la France).

Sébastien Le Balp est exhumé. On fait un procès à son cadavre qui est ensuite traîné sur une claie, rompu et exposé sur une roue. Il est décapité puis son corps est enterré à l’église de Kergloff tandisque son crane est recueilli à la chapelle de Saint-Drézouarn (Kergloff). Les meneurs sont torturés, exécutés ou condamnés aux galères.  Au milieu de la répression, le duc de Chaulnes a cette phrase terrible : "Les arbres commencent à avoir le poids qu'on leur donne". S’en suit des massacres de femmes et d’enfants tortures, viols, incendies…

Les représailles du Roi font trembler les paroisses et les villes. Plusieurs clochers du pays bigouden qui avaient sonné le tocsin de la révolte sont décapités ou leur cloche déposée. Ceux de Lanvern, Languivoa en Plonéour-Lanvern et Lambour à Pont-l'Abbé n'ont jamais été reconstruits.  A Rennes, un faubourg est entièrement rasé et le parlement est exilé à Vannes le 16 octobre 1675. Il est  obligé de verser une contribution de trois millions de livres au trésor de guerre, une somme colossale. Le Parlement restera à Vannes du mois d’octobre 1675 jusqu’en 1689 date de la nomination du premier intendant de la province. La reprise en main est aussi idéologique avec les missionnaires du père Maunoir, envoyés ré évangéliser les campagnes rebelles. 10 000 dragons stationnent et ruinent la province et se comporte comme en pays ennemi conquis pendant un an.  Les propriétaires des manoirs pillés seront dédommagés financièrement.

Bien qu’il existe d’autres révoltes paysannes ou jacqueries, la révolte des Bonnets rouges de Sébastien Le Balp reste la plus profondément ancrée dans la mémoire collective des Bretons. D’une part c’est l’une des seules à laisser des traces visibles (certains clochés sont toujours restés décapités). D’autre part, les allusions à Sébastien Le Balp, aux Bonnets rouges et au papier timbré comme symboles de lutte antifiscale ou d’égalité sociale sont nombreuses dans les archives, les chansons,  ou les revendications politiques. Mais c’est surtout depuis les années de révoltes de 1968 que Sébastien Le Balp redevient l’un des plus forts symboles identitaires bretons et la révolte des Bonnets rouges l’un des épisodes les plus connus de l’histoire de la Bretagne. La toponymie urbaine intègre le nom de Sébastien Le Balp ou des Bonnets rouges dans les rues, les places, les salles communales à Carhaix, Kergloff, Poullaouen, Spézet, Ergué-Gabéric,  mais aussi à Brest, Quimper et Lorient…. Une stèle sur la place de la commune à Spézet, une pièce de théatre «  le printemps des Bonnets rouges » de Paol Keineg, des Dvd, des livres, une bière aux baies de sureau et bien des sites Internet relatent l’histoire des Bonnets rouges et de leur chef Sébastien Le Balp.

Laurent BALPE

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